Lea a 24 ans. Comme beaucoup de Keralais, ses parents ont vecu 35 ans au moyen-orient car son pere y travaillait. Elle, ainsi que son frere et sa soeur ainee, y sont nes.
Tous les enfants ont commence leurs etudes au moyen-orient et les ont terminees en Inde du Sud. Les parents sont retournes au pays car au moyen-orient un immigre ne peut pas recevoir la nationalite. De leur propre aveux s'ils avaient vecu aux USA ou en Europe ils y seraient reste. Mais du coup ils osnt rentres "a la maison".
Lea a un PhD en "Social Work". Aujourd'hui elle enseigne a Thrissur. Elle a cherche du travail un peu partout mais c'est ici qu'elle a trouve et elle vit donc chez ses parents. Elle a 24 ans. Ce n'est pas encore grave, mais c'est un age deja bien avance pour se marier. Au dela de 26 ans les femmes sont generalement considerees comme trop vieilles pour se marier et elles ne sont plus "voulues".
Ses parents lui cherchent donc un mari. Les criteres sont assez simples : un homme tout pareil qu'elle. Meme confession (chretien orthodoxe), etudes superieures comme elle, bonne famille, aise, pas trop moche si possible. La connaissant bien ses parents lui cherchent aussi quelqu'un qui aura une personnalite qui leur semble adaptee a leur fille, notamment qui lui permettra de continuer de travailler. Ils disent qu'ils prendront le temps necessaire jusqu'a trouver le/les bons homme/s.
Lea est resignee. Elle suit a la lettre le texte que vous pouvez lire sur la photo et qui signifie "Celui qui se soumet au destin sans se plaindre, est sage". Lea est sage. Elle sait que ses parents recherchent le meilleur pour elle, elle leur fait confiance.
Voila ce que j'ai compris : ses parents passent par une agence matrimoniale online, Keralaise bien sur. Ils recoivent des genres de CV, courrier et photo, d'hommes qui presentent leur profil. Ils peuvent aussi mettre une annonce dans le journal. Le lundi ici, c'est jour de petites annonces matrimoniales... A partir de cela ils se renseignent, font des verifications, et font une preselection, au terme de laquelle ils reste quelques candidats en lice. Moins de 5 si j'ai bien compris. 2 peut-etre.
Lea peut rencontrer le mari-candidat avec ses parents a lui et les siens. Ils auront alors l'occasion de se voir et de se parler 5 minutes, en presence des parents. Jamais ils ne se verront seuls avant qu'elle fasse son choix et que le mariage ne soit decide. La rencontre avec les parents du potentiel marie est aussi essentielle car la mariee viendra s'installer chez son epoux, dans la maison de ses beaux-parents. Elle y partagera sa vie avec ses beaux-parents donc, mais aussi les beaux-freres et belles-soeurs eventuels.
Elle m'a avoue qu'elle prefererait de loin un mari qui travaille loin de chez ses parents, ceci afin d'avoir son propre foyer. Il est probable que le destin reponde a ses voeux puisque, au Kerala, les gens ont une excellente education (l'etat est connu pour un taux d'alphabetisation exemplaire) mais ne trouvent que rarement de poste a la hauteur de la qualite de leur education sur place. C'est pourquoi il emigrent souvent, en Inde ou a l'etranger.
Lea est resignee. Elle voit tout le bien que le systeme en place et auquelle elle se soumet volontairement peut lui apporter. Elle voit aussi que ca lui coupe les ailes, qu'elle a envie de voyager et qu'elle ne pourra le faire que si elle tombe sur un mari voyageur, qu'elle a envie de se rendre seule dans des coins sauvages magnifiques du Kerala mais qu'elle n'y est pas autorisee sans quoi elle aura mauvaise reputation et ne sera plus "mariable".
Elle sait que, de plus en plus, certaines femmes se rebellent contre ce systeme et font des mariages d'amour. Elle ne souhaite pas etre en froid avec sa famille et courbe donc volontairement l'echine.
De son propre aveux elle dit que, bien que de nos jours on dise les femmes plus libres, elles restent sous l'emprise absolue de leur mari et dependent de son bon vouloir. D'ou l'importance de tomber sur un bon mari... Elle dit que parmi les candidats que ses parents lui presenteront elle se devra d'en choisir un. Pas de 2eme round possible selon elle. Je sais que certains peuvent refuser et exiger une 2eme selection mais cela est rare et ne semble pas dans son temperament a elle. Elle dit aussi que, en Inde, c'est le materiel qui prime d'abord et que, ensuite, on apprend a s'aimer.
Il est difficile de prendre position et d'estimer tout de go si cela est bon ou non. Car il est impossible de juger une culture ("Qui a le droit ?", dirait notre chanteur prefere a tous, M. Patrick Bruel). Bien entendu je suis ravie de ne pas etre soumise au meme systeme, et de ne pas avoir a choisir entre ma culture, ma famille, et ma liberte. Dans le cas de Lea, issue d'une famille aisee, rien ne semble choquant a priori, si ce n'est ce fatalisme et l'acceptation sans justement, de l'ascendance de l'homme sur la femme (meme si a mes yeux c'est enorme)... Je suppose cependant que pour nombre de femmes de classes moins aisees, voir de castes dites inferieures chez les Hindous, c'est un joug encore plus lourd de consequence dont il est quasiment impossible de se defaire.
dimanche 8 juin 2008
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8 commentaires:
Je pensais que c'était la règle pour les personnes ordinaires mais que les femmes qui avaient fait des études supérieures pouvaient sans affranchir. C'est impensable pour elle de trouver un travail à l'étranger et donc de sortir de ce système?
Christian
Je ne sais pas si qqn a des infos . Sabine dit qd même que certaines se rebellent mais au prix de se couper avec leur famille . Est-ce si différent de chez nous ( le prix à payer pour vivre à l'encontre des normes culturelles familiales)...??
Ce sont vraiment des cultures où la famille est la valeur absolue, et prime sur tout. Pour mes amies chinoises et taïwanaises, même s'il s'agit bien sûr encore d'autres repères, l'amour d'un conjoint ne sera jamais aussi fort que celui, et le respect, qu'elle vouent à leurs parents. Et pourtant ce sont des filles qui ont vécu plusieurs années en Europe. Pour elle, c'est notre modèle qui est égoïste et individualiste.
Il faut aussi se souvenir que le mariage par amour est finalement une notion très occidentale, encouragée par la période romantique, et effectivement, il y a encore 3 ou 4 générations, les gens se mariaient pour des raisons avant tout économiques !
Mais à nos yeux d'Occidentaux, l'histoire de Lea fait froid dans le dos. La perspective de n'avoir que 5 minutes à peine de discussion pour décider de toute une vie est flippante... J'imagine que le divorce est extrêmement rare et mal vu ? Puis tout quitter pour vivre dans une famille inconnue, soumise, toujours, mais cette fois à un mari + à des beaux-parents... Y a intérêt à faire le bon choix effectivement.
Dis-moi Sabine, j'avais lu qu'en Inde il y avait des "médecins" qui faisaient faire des échographies pour permettre aux futures mères d'avorter si elles étaient enceintes de filles ? Et que des zones entières manquaient de femmes ? Est-ce un sujet que tu as déjà pu aborder ?
des bises, Astrid
Christian > C'est la regle pour tout le monde en fait. Pour sortir du systeme il faut en effet le rejeter et par la meme tout ce qui va avec, dont la famille. Je discutais ce matin avec le pere de Lea qui dit qu'il prefere de loin qu'elle se marie de cette facon mais que, si elle rencontre quelqu'un autrement alors il l'accepteront. Mais qund je lui ai demande si, si elle rencontrait un Hindou, il serait d'accord, sa premiere reaction a ete "ah non !"...
Il y a cependant de plus en plus de cas de mariages "d'amour" et/ou "mixtes" me dit-on.
Moune > En effet, ce n'est pas forcement si different de certains familles chez nous je pense.
Astrid > T'as tout compris. Concernant les avortements voir abandon de filles a la naissance, j'ai eu les memes echos mais pour l'instant n'en ai parle avec personne ici. La famille dans laquelle je suis actuellement est aisee, ils ont 2 filles, et il semble que pour eux ce ne soit pas un probleme.
il me semble qu'une loie est passée interdisant aux médecin de donner le sexe du bébé...Le phénomène ayant crée de vrai problèmes démographiques
Bises
Virginie
Joli post...
C'est étonnant de voir que parfois, des Indiens qui nous paraissent très occidentaux dans leur comportements au premier abord suivent en fait des règles de vie qui nous semblent complètement exotique.
L'Inde a un taux de divorce extrèmement bas, il est vrai que c'est très mal vu. Tu as rencontré des Indiens qui avaient vécu çà ? Ca a l'air très rare.
JF
Sinon, sur les avortements provoqués, quand j'y étais la dernière fois (2006), ils parlaient en effet d'interdire aux echographistes de donner le sexe pour éviter ces avortements de filles.
Il y avait même des études indiennes, qui indiquaient que si pour les deux premiers enfants on avortait les fetus filles, pour le troisième, c'étaient le contraire... Après avoir eu deux garçons, de nombreuses familles décidaient en effet de choisir préférentiellement pour le troisième une fille...
JF
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